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Pape Diouf : "Le Sénégal a été la déception de cette CAN"
 
Article paru le 7 février 2008. Lu 346 fois.


Comment jugez-vous cette 26è édition de la Coupe d’Afrique des nations Pape Diouf : Je crois qu’elle est dans le droit fil des compétitions précédentes. En Afrique, les équipes nationales maîtrisent de mieux en mieux la compétition. Il y a moins de folklore, moins d’improvisation. Tout est désormais organisé, que ce soit en Afrique francophone ou anglophone. La compétition est chaque fois rehaussée par la présence de très grands joueurs, la plupart, évoluant dans les prestigieuses compétitions européennes. Il suffit de regarder la sélection ivorienne pour s’en apercevoir. Dans cette même sélection, on peut y trouver des joueurs de Chelsea, de Barcelone ou d’Arsenal. Cela montre, le niveau de compétition, - sans oublier évidemment le Cameroun qui reste une valeur sûre du football africain.

Que pensez-vous de l’organisation de cette CAN ? Pape Diouf : Je me méfie un peu de ce qui en est dit et de ce qui est écrit, car cela vient souvent de journaux et de journalistes occidentaux, qui peuvent parfois généraliser des problèmes personnels. Il faut un peu d’indulgence, de compréhension, admettre que les choses ne peuvent pas être aussi huilées qu’elles pourraient l’être, ici, en Europe, reconnaître certains manques et insuffisances, donner les moyens de combler ces lacunes. Mais, il faut rester indulgent et ne pas être une sorte de procureur qui critique tout et a envie de tout jeter. L’organisation, certes aurait pu être meilleure que ce qu’elle a été au Ghana. Mais, elle n’est pas aussi dramatique que certains ont voulu la décrire.

Vous n’êtes donc pas inquiets pour les prochaines organisations de la CAN en Angola et pour le Mondial 2010 en Afrique du Sud ? Pape Diouf : Il y a pu y avoir probablement des manques au Ghana. Peut-être... Mais, j’ai connu l’organisation en Tunisie qui était très bonne. J’ai connu des organisations en Côte d’Ivoire, déjà en 1984, qui étaient déjà de très bonne qualité. On ne peut pas, tout d’un coup, amalgamer. Alors que va-t-il en être en 2010 en Angola ? Aujourd’hui sur le plan continental, les Angolais produisent le maximum pour donner au football l’élan qui le porte. Je crois qu’en Angola, les choses seront faites convenablement et correctement. Je fais totalement confiance aux Africains du Sud pour mener à bien l’organisation de la Coupe du Monde comme ils ont déjà démontré tout leur savoir-faire quant il s’est agit d’organiser la Coupe du monde de rugby en 1995.

Quelles sont les trois équipes qui vous ont impressionnées au cours de cette première semaine de CAN ? Pape Diouf : La Côte d’Ivoire est incontournable dans les pronostics au vu déjà de la force de frappe qui est celle de cette sélection. Mais, je crois qu’un pays comme le Ghana, qui joue à domicile, sera très certainement présent. Il sera très difficile de battre les Black Stars. A côté de cela, il y a évidemment le Cameroun qui, même s’il suscite des interrogations, reste une valeur sûre du football. Avec la culture de la victoire et de la gagne qui caractérisecette équipe, ses joueurs peut aller loin. La compétition est très nivelée et non pas par le milieu ni par le bas, mais plutôt par le haut. Cela laisse la porte ouverte à toutes sortes de pronostics et laisse sa chance à chaque concurrent qui aura échappé aux poules éliminatoires.

Un mot sur le Sénégal. Pape Diouf : Je crois que le Sénégal a été, en tous cas pour beaucoup, la déception de cette CAN. Pour ce qui me concerne, je ne parlerai pas de déception, mais de confirmation d’une certaine intuition, du moins d’une certaine idée que je me faisais de la sélection qui, qu’on le veuille ou pas, a perdu un peu de son talent, un peu de son caractère. Beaucoup pensaient à la sélection de 2002, celle qui avait acquis sa notoriété en se qualifiant pour la finale de la CAN et qui s’était aussi hissée en quarts de finale de la phase finale de la Coupe du monde en Asie. Cette équipe n’existe plus aujourd’hui. Les joueurs ont vieillit ou n’évolue pas toujours titulaires dans leurs propres clubs. Je ne croyais pas trop à une victoire finale des Lions. J’avais de toute façon émis un pronostic à double détente. Un qui émanait du cÅ“ur. Ce pronostic m’a mené à penser que le Sénégal irait loin dans la compétition. Mais le pronostic de raison m’a très rapidement conduit à mesurer ce premier pronostic d’un Sénégal triomphant. C’est vrai que l’élimination des Lions de la Teranga est décevante, mais espérons que le football sénégalais puisse revenir de cette déception.

Un président noir à la tête de l’Olympique de Marseille, l’un des fleurons du football français, c’est une première. Avez-vous rencontré des problèmes du fait que vous soyez noir ? Pape Diouf : Je ne pense pas. Je suis quand même intervenant depuis très longtemps dans le milieu du football français. J’ai animé aussi une société de management qui a compté en son sein des joueurs parmi les plus grands ayant évolué dans le championnat de Ligue 1. J’ai eu très tôt à nouer des relations avec les dirigeants français tous autant qu’ils étaient de Ligue 1 ou de Ligue 2. Ils sont quant même des interlocuteurs que je connaissais et qui me connaissaient. Ensuite, quand j’ai pris la présidence du club de l’Olympique de Marseille, je pense avoir simplement suivi un parcours. Peut-être qu’aux yeux de certains, je constitue une sorte d’anomalie puisque je suis noir et président d’un club [d’envergure sur le plan national]. Certes, c’est une anomalie, mais c’est une anomalie sympathique. S’il faut considérer le nombre de joueurs noirs qui évoluent dans le championnat de France et qui durant leur carrière ont démontré toutes leurs capacités de compréhension, toute leur intelligence, toutes leurs capacités de suggestions et de réflexion et qu’à la fin de leurs carrière on ne les retrouve pas à des postes de commandement ; c’est qu’il y a manifestement quelque chose qui ne va pas. Cela reflète la société française telle qu’elle est. Une société restée fermée, une société qu’on le veuille ou pas qui exclut en douceur. Je suis le seul noir président, ça reste donc une chose frappante. Mais, je ne m’arrête pas à cela. J’essaie simplement d’être aussi compétent et parfois aussi incompétent que les autres.

Vous aimez la langue française et la maîtrisez comme nul autre président de Ligue 1. D’où cela vient-il ? Pape Diouf : Je ne sais pas. On le disait déjà quand j’étais journaliste. Quand j’écrivais, on me rapportait que j’avais un style particulier. Je préfère rester moi-même et dire les choses comme je les ressens, avec le souci de respecter la langue telle que je l’ai apprise. Mais, ce n’est pas de ma part une manière de me distinguer. C’est une manière d’être simplement moi-même.

Ces derniers mois la ville d’Abéché a énormément été évoquée dans le cadre du procès de l’Arche de Zoé au Tchad. Que représente t-elle pour vous ? Pape Diouf : Le Tchad évoque le lieu de ma naissance, puisque je suis né là-bas au mois de décembre et je suis reparti l’année suivante. Je suis tout de même resté là-bas un peu moins de six mois. C’est pays que je ne connais pas. C’est un pays à l’évocation duquel je reste évidemment sensible pour cette raison-là et surtout parce que mes parents y ont vécu durant un long laps de temps. Ils m’ont ramené des souvenirs et m’en ont parlé parfois, tout cela fait que le Tchad reste pour moi un pays qui compte dans ma vie. Quant les derniers événements [affaire de l’Arche de Zoé] s’y sont produits ; et à chaque fois que j’entends « Abéché ! Abéché » j’y repense.

En dehors du football, quelle place tient l’Afrique dans votre existence ? Pape Diouf : L’Afrique occupe une place centrale forcément, parce que l’homme ne peut-être que ce qu’il fait que ce qu’il est fondamentalement. Je suis Africain, je revendique cette africanité. Je ne me sens à vrai dire totalement moi-même que sur le continent africain. Aujourd’hui évidemment comme beaucoup, j’ai le regret que nous ayons la difficulté de trouver toutes les solutions qui sont posées à l’Afrique, puisque les problèmes y sont innombrables, de toutes natures, d’ordre politique, sanitaire, social et culturel. Il y a tous ces aspects-là qui aujourd’hui posent problèmes. Mais, je crois quand même en cette Afrique-là. Parfois nous sommes nous-mêmes africains très sévères vis-à-vis du continent oubliant qu’il a fallu à la France des siècles pour se faire. Nos indépendances ne datent pas de plus de 60 ans, elles sont encore assez récentes. Je crois qu’il faut de l’indulgence et beaucoup de volonté et d’application pour tirer le contenant du marasme voire du bourbier dans lequel parfois il est. Vous avez été journaliste, agent de joueur, président de l’OM. Peut-on imaginer vous voir un jour en politique ? Pape Diouf : La politique, vous savez, elle ne me passionne pas, elle ne m’intéresse pas sinon comme sociologie. La science politique m’intéresse. J’ai eu à lire et je lis encore des études faites par beaucoup de sociologues qu’ils soient Américains ou Français. Mais, la politique en tant que phénomène politicien, ne me passionne pas beaucoup. Le fait d’être à la tête de l’OM n’implique pas nécessairement une entrée en politique. Ce n’est ni dans mon projet ni dans mes intentions. Par contre, c’est vrai, être président de l’Olympique de Marseille suppose de la part de celui qui est en situation de faire preuve de caractère. Cela suppose aussi une manière de composer avec l’ensemble des parties prenantes puisque l’OM ne concerne pas seulement le football mais aussi le paysage politique local. Cela concerne beaucoup d’autres éléments. Je tiens compte de tout ça pour conduire le club là où il doit aller. Le journal Bakchich a évoqué récemment l’histoire d’un transfert, notamment celui de Drogba, « assuré dans de drôles de conditions ». Où en est l’affaire sachant que vous avez porté plainte ? Pape Diouf : J’ai porté plainte et je préfère très honnêtement ne pas répondre à ce que j’ai appelé simplement une connerie. Il est très clairement établi que le document auquel ce journal fait allusion était une lettre déjà envoyé anonymement à un juge chargé des affaires du Paris-Saint-Germain depuis plus d’un an. Dès que le juge en a pris connaissance, il s’est tout de suite aperçu de ce que c’était. C’était : une création, une machination. Il a donc quasiment jeté ça au panier. Judiciairement, cette affaire n’avait aucune importance. C’est simplement médiatiquement que le Bakchich en question, avide probablement de reconnaissance, puisqu’étant un site nouveau, a essayé de saisir une affaire qui s’est très rapidement déballonnée.

Quand on s’appelle Pape Diouf, qu’on est aussi un notable en France, à Marseille et ailleurs, ainsi qu’en Afrique, a-t-on encore des rêves ? Pape Diouf : Moi, je ne rêve pas. J’ai toujours les yeux ouverts. En tous cas même quand je dors, j’essaie de dormir avec un Å“il ouvert. En dehors du football, la seule chose à quoi je peux rêver, c’est de voir l’Afrique décoller complètement. De voir que nous aussi d’ici on peut faire avancer les choses même si c’est parfois compliqué. Voilà le vÅ“u le plus grand que je peux formuler.


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